NOUVEAUTÉ: LES HOMMES PLANTES de BORIS KISH




Les Hommes Plantes


36 mois après son entrée en production à l'AJC, "Les Hommes plantes" est fini et entame sa vie publique.
La réalisation de ce projet a été un travail de longue haleine. Au tournage, au montage, au mixage, le film a bénéficié de l'engagement bénévole et généreux de moult collaborateurs, certains y offrant leur savoir-faire, d'autres y acquérant une expérience.
Le résultat est soigné, précis, et détaillé.
L'AJC! souhaite remercier Boris Kish pour son engagement et sa patience, ainsi que l'ensemble des gens qui l'ont aidé à mener ce projet à son terme. Leur aide nous est précieuse!


Présentation du film





"Le film a été réalisé dans des circonstances no-budget. Il a été produit par l'AJC! qui produit des films no-budget depuis 1977. L'AJC! fournit matériel, salles de montage et support humain.

Les dialogues étaient écrits et nous n'avons pas improvisé de scènes.
Le tournage des dialogues s'est déroulé en atelier: 1 jour de tournage par semaine (les dimanches ou les lundis) pendant environ 2 mois.
Le tournage dans la serre s'est déroulé parallèlement et après le tournage des dialogues.

La forme n'était pas déterminée dans ses détails avant le processus de post-production - longue étape qui a requis beaucoup de créativité aux monteuses image et son ainsi qu'aux effets spéciaux. C'est ainsi que la forme finale s'est finalement dessinée."


n3krozoft


Le site n3krozoft présente d'autres facettes du travail de Boris Kish.


Les Hommes Plantes unplugged


Oubliés, effets spéciaux et musique. En repartant du dialogue et de ses personages, Boris reconstruit, un soir, un petit puzzle autour de sa matière brute.
"Dans Les Hommes Plantes, la plupart des plans de jeu sont fortement traitées par des effets spéciaux. Cette proposition est aussi l'occasion de garder une trace des séquences brutes du tournage."




Interview


Nicolas G., qui est venu à l'atelier d'abord comme stagiaire puis comme remplaçant temporaire à la diffusion, a retranscrit une petite conversation avec Boris Kish, sur son parcours jusqu'à la réalisation de "Les Hommes Plantes", et sur les conditions de productions du projet.



Tu précises dans ta bio être né dans les montages du Jura suisse. Comment es-tu arrivé à faire des films ?

Ma première grande émotion, c’était Solaris de Tarkovski, vu au Kinetik, un cinéma squat de Genève aujourd’hui disparu. J’avais 19 ou 20 ans et je commençais des études de philo et de littérature comparée à l’Université de Genève. J’aimais bien le cinéma, mais c’était la littérature et les arts plastiques qui m’attiraient le plus. Solaris a été le déclic, à partir de là je me suis mis à regarder énormément de films. J’ai interrompu mes études académiques à mi-chemin de la fin. Je commençais à écrire et j’avais déposé un dossier pour un projet de film qui, à ma surprise, a été pris. A 23 ans, recevoir une aide à l’écriture d’un long métrage a été assez inattendu.

Donc tu es entré directement par la porte du long métrage ?

Euh... non! Cette aide m’a plutôt permis de vivre et travailler à l’écriture un moment. Mais ce projet n’a pas abouti.
Parallèlement, j’avais commencé à faire des performances de rue avec Manuel Schmalstieg. Performances que l’on filmait. Ça a été ça les premières vidéos. D’abord sans montage. Lui étudiait aux Beaux Arts de Genève et très vite, on a eu accès aux machines de montage, des Casablanca, Final Cut n’était pas encore accessible. J’étais tellement souvent aux Beaux-Arts que tout le monde y connaissait ma tête et pensait que j’étais officiellement étudiant, donc on me donnait les clefs des salles de montage pour y passer la nuit… Aujourd’hui, tout cela ne serait plus possible, il faut des cartes à puce pour rentrer, etc.
Et on a commencé à envoyer nos films à des festivals d’art et d’art vidéo. Il a fallu trouver un nom. Ça a été N3krozoft Mord (à prononcer « Nekrozoft Mord »).

Votre duo existe encore ?

Oui, il est toujours là. Même si on travaille moins souvent en duo maintenant, ça reste une plateforme commune. Il a eu 11 ans cette année. Maintenant c’est N3krozoft tout court. N3krozoft Mord était un jeu de mots avec Microsoft Word, retourner le W pour faire un M. Necro la mort, Mord aussi. Les liens entre la mort, les nouvelles technologies et la communication. Les enjeux plus politiques des softwares propriétaires, ce qu’ils nous imposent. Mais notre nom était tellement dark, finalement on a juste gardé N3krozoft.

De N3krozoft à Genève jusqu’à l’AJC! à Bruxelles, ça s’est passé comment?

J’avais envie de me rapprocher d’une narration plus classique, de raconter des histoires. Et donc de m’orienter vers le cinéma plus classique. J’avais des amis suisses et français qui étaient venus étudier le cinéma en Belgique et qui travaillaient en Belgique, c’était pour moi un facteur important qui m’a décidé à venir vivre à Bruxelles. Parmi ces amis, il y en avait deux qui, par la suite, sont devenus membres du CA (conseil d’administration) de l’AJC!. Et c’est ainsi que j’ai connu et me suis intéressé à l‘Atelier Jeunes Cinéastes et que j’ai finalement fait une proposition.

« Les Hommes Plantes » a donc été motivé par eux ?

Non, les premiers travaux autour des Hommes Plantes ont été faits à Genève avec 5 personnes, il y a déjà 5 ans, mais le groupe s’est essoufflé. Avec un ami musicien à Genève, on est repartis de cette base pour écrire. On a écrit une trilogie se passant dans 3 époques différentes, mais avec la même thématique.
Connaissant l’AJC!, j’ai proposé un projet en accord avec leurs moyens. Et en mars 2010, le tournage commençait. 2 mois de tournage, mais seulement les dimanches et lundi. Un tournage no-budget n’a pas forcément besoin d’être compressé en 10 jours. En tout cas la justification financière évidente des tournages compressés sur la plus courte période possible n’a pas lieu d’être ici et j’ai voulu essayer un autre rythme.

Et nous sommes actuellement en février 2012...

Oui, toutes les étapes de post-prod ont pris plus de temps que prévu. On a commencé le montage avec Guillermo Badilla. C’est lui qui a dès le début magnifiquement posé les bases du traitement plastique de l’image et des effets spéciaux. S’en est suivi une période de montage avec Pauline Piris-Nury qui a poussé le travail plus loin, notamment en creusant l’utilisation des images d’archives. Puis c’est finalement Lenka Fillnerova qui a abouti le travail en commençant par m’interdire l’accès à la salle de montage pendant 3 semaines ! J’en avais sans doute besoin et elle a vraiment pu et voulu prendre sur ses épaules la responsabilité d’une création au montage.
Septembre 2011, début du travail sur les effets spéciaux avec Matthias Forster et, en décembre 2011, du montage son avec Marie Paulus.
Toutes ces étapes étaient complexes, demandent du temps et dépendent largement des possibilités d’investissement temporel des collaborateurs dans le cadre du no-budget.
A l’AJC!, on nous laisse le temps. On est très libre, un peu trop peut-être. J’aurais voulu une présence un peu plus soutenue, plus paternaliste. J’ai sans doute commis des erreurs dans certains aspects de l’approche de la post-prod, cela a aussi coûté du temps. Je n’avais aucune expérience là dedans, j’avais toujours travaillé seul et jamais aussi narrativement.

Un médecin qui essaye de comprendre ce qui arrive à des hommes qui disent être devenus plantes. Elle vient d’où cette histoire?

Au tout début, avec le groupe d’amis de Genève, on s’était mis à travailler suite à la lecture d’une très courte nouvelle de P. K. Dick qui s’appelle « Les Joueurs de Flûte ». Il semble que la nouvelle de Dick soit elle-même lointainement inspirée par le conte « Le Joueur de flûte de Hamelin » des frères Grimm, lui-même basé sur une légende qui remonte au 13e. Le film est donc inspiré par la nouvelle de Dick.
Ce qui m’intéressait c’est la transformation d’un personnage, le médecin. Un expert psychiatre qui, petit à petit, au contact de ces hommes plantes et de cette situation kafkaïenne, va remettre plein de choses en question autour de lui et en lui-même. Les vidéoconférences qui ont un côté totalisant aussi, dans une ambiance à la fois futuriste et rétro.
Il y a une couche critique, car ces employés font de la recherche pour produire des biocarburants, un sujet qui engendre des questions complexes, avec des réponses souvent catastrophiques écologiquement et socialement. Mais ça n’est pas du tout le cœur du propos, c’est le destin du médecin qui est au centre.

Je me souviens qu’en commençant le tournage, je ne savais vraiment pas si ça allait être un film narratif de cinéma ou un film plus expérimental qui ne serait pas du tout un candidat aux festivals de film. J’avais envie qu’il tombe dans la catégorie cinéma et ça va être le cas. Je ne savais pas si on y arriverait ! (rire)

Qu’as-tu tiré de ce premier film narratif ?

Je me suis formé. Ce projet a été une énorme accumulation d'expériences, tout fut extrêmement formateur.
Je n’ai pas fait d’école de cinéma et ça m’a permis de comprendre de l’intérieur beaucoup d’aspects d’une production, du point de vue technique et artistique, aussi dans la manière de travailler avec une équipe, comment travailler avec les visions et les idées des collaborateurs.
La chef op Ahlem Aussant-Leroy, par exemple, n’avait jamais fait de lumière ni de fiction. Mais elle avait réalisé et tourné ses propres documentaires. Je les avais vus et j’avais aimé. Et je suis très content du résultat, de ce qu’elle a amené. Autre exemple: je n’avais pas prévu de scripte sur le tournage, mais au beau milieu du tournage a débarqué Jeanne Pinson qui terminait ses études de scripte à l’IAD ; elle cherchait un stage, l’AJC! en a eu vent et l’a dirigée vers moi. Elle a énormément apporté au tournage, a pris les choses en mains de manière formidable, m’a forcé à être plus clair et les choses sont devenues plus simples.

Es-tu prêt à repartir avec un film à l’AJC! ? Ou le fait que le film aboutisse 2 ans après t’a fatigué ?

Pas fatigué, mais ça prend beaucoup plus de temps que prévu et c’est vrai que c’est quelque chose qui me pèse.
Le côté no-budget ne me gêne pas. Je ne vais pas ne pas tourner parce que je n’ai pas de budget. Le tournage s’est passé sans problème et par rapport au matos et à l’accessibilité des lieux, c’est absolument génial d’être à l’AJC!. D’autre part, j’ai un projet de documentaire, préparatoire à une fiction, qui me trotte dans l’esprit et que je pense peut être proposer à l’AJC!. Repartir avec l’AJC!, la question ne se pose même pas, mais il faut que le projet s’y prête.

Interview réalisé par Nicolas Grolleau, février 2012.



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